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Le Patriote de Sainte-Agathe, sous les projecteurs de l’économie sociale

Dans ce portrait d’entreprise, le Théâtre Le Patriote démontre que d’allier la culture à l’économie sociale peut être un levier mobilisateur pour les collectivités, en bâtissant une économie plus forte, plus agile et plus diversifiée.

Si aujourd’hui le Théâtre Le Patriote arrive à générer 80% de revenus autonomes via sa billetterie, c’est que l’OBNL, piloté par Alexandre Gélinas, a su tisser une relation privilégiée avec la Ville de Sainte-Agathe-des-Monts, s’est battu jusqu’aux hautes instances décisionnelles pour que l’icône culturel québécois soit reconnu, comme diffuseur pluridisciplinaire professionnel, par le gouvernement du Québec et qu’il façonne, de main de maître, des partenariats durables.

“ Plus que jamais d’actualité pour le citoyen qui souhaite être connecté à sa communauté, « Je crois que des expériences culturelles riches et diversifiées améliorent la qualité de vie des individus ”

C’est sans compter le dossier chouchou du dirigeant : d’assurer un accès à la culture à tous les jeunes de la région.  Ce qu’il réussit à accomplir via le milieu scolaire.  Sa motivation principale ? « Je crois que des expériences culturelles riches et diversifiées améliorent la qualité de vie des individus », affirme le directeur général. Imaginez ! Dans un monde pré-pandémique, Le Patriote accueillait chaque année des élèves de toutes les écoles de la MRC des Laurentides. Un public qu’il vise toujours à fidéliser en leur faisant vivre des activités stimulantes et enrichissantes.

Le Patriote à la croisée des chemins

Il importe de regarder vers le passé pour se rappeler qu’avant même le 17 juin 1967, alors que Gilles Vigneault foulait les planches du Théâtre, inaugurant ainsi la salle qui deviendra Le Patriote, des gens de la communauté agathoise s’étaient mobilisés autour d’un besoin commun.  Leur vision de créer une vie culturelle riche pour les Agathois s’est concrétisée après avoir formé un conseil d’administration nommé Conseil des arts de Sainte-Agathe.

En 1970, la programmation de la salle agathoise a été prise en charge par l’entreprise privée Le Patriote de Sainte-Agathe, qui en a fait un lieu culte de la chanson québécoise, dont la réputation dépassa largement les frontières des Laurentides.

En 2007, dans la foulée de la création d’un réseau de diffuseurs professionnels, subventionnés en partie par le gouvernement, qui prenaient progressivement une part importante du marché, le propriétaire du Patriote s’est trouvé à la croisée des chemins avec une entreprise privée qui s’essoufflait pour tirer profit à 100% de sa billetterie.

Confronté à une industrie culturelle en pleine mutation, l’avenue de l’économie sociale pour sauver Le Patriote fut choisie.  C’est alors qu’une gouvernance a été mise en place pour administrer l’organisme à but non-lucratif nommé Sainte-Agathe-des-Arts.

Jouer finement avec la Ville

Dans l’idée de se repositionner comme un théâtre appartenant à la communauté, il importait d’impliquer la Ville, qui venait tout juste d’adopter une première Politique culturelle.  « On ne pouvait tomber mieux », souligne le directeur général, qui était alors administrateur sur le conseil d’administration.  « De plus, les élus municipaux souhaitaient d’emblée qu’on s’occupe du bâtiment, qui est la propriété de la Ville », ajoute-t-il.

Ainsi, en plus des administrateurs réguliers, deux postes de représentants de la Ville ont été créés au sein du CA : un élu et la direction des services culturels de Sainte-Agathe-des-Monts.  Ensemble, ils ont notamment sollicité les 22 municipalités de la MRC des Laurentides pour que, collectivement, elles accordent un statut particulier pour le rayonnement régional du diffuseur.

Néanmoins, suite à certains inconforts de part et d’autres, les représentants de la Ville ont convenu de prendre un rôle d’observateur sur le conseil d’administration.  Aujourd’hui, ils prennent part aux discussions mais n’ont pas le droit de vote.  « De plus, ça assure notre autonomie de gestion par rapport aux services publics », confirme le dg.

Se battre pour être reconnu

C’est écrit noir sur blanc : pour obtenir un soutien financier à la mission, les diffuseurs pluridisciplinaires des arts de la scène doivent être reconnus et répondre aux critères établis par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).  Sachez qu’on ne brigue pas ce titre en criant ciseau !  En traitement dans le collimateur pour un moment, entre les mains des fonctionnaires, la demande de reconnaissance du Théâtre tardait à être confirmée.  C’était en 2013.

Avec plus d’une corde à son arc, Alexandre Gélinas s’est servi de son expérience politique pour arriver à ses fins.  « Faut connaître du monde », lance le dirigeant, toujours très impliqué, qui assure actuellement la présidence de Culture Laurentides et siège sur le conseil d’administration de Danse Laurentides et Cap Emploi, pour ne nommer que ceux-là.

Face à la difficulté d’être reconnu par le CALQ, des pressions ont été nécessaires pour débloquer le dossier.

Rappelons que ce soutien financier annuel gouvernemental représente environ 20% du budget annuel du Théâtre Le Patriote et permet de consolider ses activités en offrant une programmation plus large, mettant en lumière des artistes de la relève, la danse, la médiation culturelle ou le théâtre de création, et en visant différents publics.

La capacité à être agile, innovant et visionnaire

L’Agathois incite le milieu culturel à cultiver des relations d’affaires gagnantes, autant avec les élus qu’avec les entreprises privées. « Je prends plaisir à trouver des façons de me démarquer », partage Alexandre Gélinas.

Par exemple, en pleine pandémie, faute de pouvoir accueillir des élèves dans la salle de spectacle, Le Patriote a choisi d’aller directement dans les écoles pour faire découvrir aux jeunes des artistes québécois à travers la réalité virtuelle.

Pionnier à sa manière, Le Patriote a récemment obtenu l’accréditation Scène écoresponsable, qui permettra au Théâtre d’être accompagné par le Conseil québécois des événements écoresponsables pour mettre en œuvre des mesures de développement durable, le directeur y voit aussi une belle occasion de contribuer à la transition écologique.

Il va s’en dire que le directeur est un entrepreneur à part entière et qu’il lui importe de génèrer des retombées économiques dans la région. « Mon travail, c’est d’attirer le public aux spectacles et c’est aussi de m’assurer que ces gens consomment dans les commerces avoisinants », souligne-t-il avant de préciser: « Vous pouvez imaginer qu’un soir de spectacle, ça ne passe pas inaperçu auprès des restaurateurs ».

L’économie sociale est un levier mobilisateur pour les collectivités en bâtissant une économie plus forte, plus agile et plus diversifiée. “De travailler à l’essor d’une entreprise d’économie sociale telle que Le Patriote, pour moi, c’est plus que du 9 à 5. Ça comble un désir d’engagement et j’y prends plaisir. C’est ma vie”, conclut Alexandre Gélinas.